Mai 2015

Laissez papa en paix

Une défense du symbole paternel contre ce que l'auteur tient pour une entreprise de démolition. Il y soutient que la figure du père porte un principe de protection dont la disparition fragilise la famille et, avec elle, la continuité d'une société.

Illustration de la chronique « Laissez papa en paix »

Dans ma jeunesse, quand j’étudiais la philosophie, beaucoup de jeunes de mon milieu tentaient de réfuter les aphorismes de Nietzsche pour la seule raison qu’ils étaient, pour la plupart, futuristes et meneurs de prophéties. Dans leur profondeur, ces aphorismes tendent à réhabiliter un monde que le philologue voyait en déroute…

Et comme philosophe, Nietzsche remarqua que la pensée humaine, bâtie et structurée à la longue par des philosophes érudits, s’éventrait et se muait par des présomptions soutenues à qui les « anthologues » anglais de l’époque trouvaient le mot magique de psychologie.

Et quand Nietzsche critiquait l’émancipation de la femme, il l’avait fait dans la sincérité et la raison du philosophe et non par le façonnage d’une expression doucereuse qu’une armada de chasseurs de primes trouvait pour suborner tout un monde : analphabètes, écrivailleurs et populace…

Et si aujourd’hui après un siècle et quelques années, j’invoque l’émancipation de la femme, ce n’est guerre dans un esprit charlatan à surexciter la polémique des politico-marchands de la dernière catégorie ou par cette tentation cupide de celui qui tente de soutirer quelques miettes à ces dictatures marchandes qui kidnappent ces milliers d’épouses et de futures épouses des heures et des jours dans leurs fabriques. J’invoque l’émancipation de la femme tout simplement parce que l’on constate la montée d’une idiologie satanique menée aux extrêmes par des hâbleurs et qui risque de donner le coup fatal au « père symbole ». Un père qui date des millénaires et qui est profondément ancré dans toute personne : homme ou femme… J’invoque aussi l’émancipation de la femme parce qu’elle a permis et permet davantage aujourd’hui à des malfrats, parfois snobs dans leurs bureaux, d’en tirer profit par les biaisassions des fondements moraux plus que nécessaires pour une continuité plus rassurante.

Dogmes religieux accentués, adages vieillissants de nulle part, syntagmes hétéroclites, légendes, fiction, tous les moyens sont bons pourvu que la décoction endorme et permette l’accès au misérable trésor des parents.

Par un mini sondage, où je demande à des collégiens leur avis sur le rôle du père, voici quelques expressions qui se répètent par la quasi-totalité des adolescents : c’est maman que j’aime et que je préfère ; lui, il ne vaut pas la peine ; il n’est jamais là même s’il occupe le salon ; je le déteste… Et maman en est souvent fière !! Et de par cette fierté perfide que le faux coach s’avère plus rassuré pour pervertir le bon sens d’une maitresse de maison méticuleusement soucieuse pour l’éducation de ses enfants.

Tiens ! L’expression est là au bout des lèvres de tous les maîtres de cabinet : « père tyrannique ». Et même si l’on dit : « mère tyrannique » le terme père prend l’avantage au pire de ce que « l’archétype » de paternité représente comme symboles de force dans les abysses psychiques de toute personne : homme ou femme. Ce sont ces symboles qui caractérisent la protection pérenne, nécessaire à toute personne qui se veut forte et prometteuse ; qu’importe le sexe !

La paternité n’est pas ce masculin machiste et poilu que le business de la subornation tente, par tous les moyens, d’efféminer. Elle est cependant cette source inépuisable qui génère les principes et les vertus de la promesse. Les principes et les vertus qui permettent de bâtir, de conquérir et d’explorer et par conséquent de rassurer et de protéger. « Esprit homme », « esprit probe et chevaleresque », « paternité protectrice » sont des qualités qu’il faut préserver par tous les moyens parce qu’ils n’ont pas de sexe. Et combien de femmes, de par toutes les civilisations, en étaient le bon exemple ?!

Cet esprit homme qui était bâti à la longue à travers des millénaires est l’œuvre des deux sexes…

Une fois quand mon arrière grand-mère était enceinte, il y a quelques dizaines de milliers d’années, elle avait réussi à convaincre mon arrière grand-père pour l’aider à bâtir le premier foyer qui devait protéger mon grand-père, le nouveau né, des sévices de la nature et des prédateurs. C’est ainsi qu’ils avaient réussi à fonder la première famille de mon arbre généalogique. D’ailleurs, c’est grâce à quoi je suis bien là à vous écrire, vous : frères, sœurs, cousins et cousines…

C’est un grand défi, celui que mes ancêtres avaient relevé et qui n’est autre que celui de fonder une famille au prix de beaucoup de sacrifices et de sang.

Et maintenant, quand la distinction des choses et des êtres est flagrante au point où la subdivision tranche sur l’intérieur et l’extérieur des êtres, où en est de la part de cette paternité pérenne et protectrice ?!!!

Abdellatif Hannama

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