La vérité est ailleurs
Une méditation sur l'écart entre la réalité convenue et la vérité. L'auteur y examine comment la manipulation des esprits empêche la parole vraie, et lit l'extrémisme comme un effet du désenchantement.

Dans un état de remise en cause et de méditation, tout homme tente de refaçonner le monde à sa façon. Pourquoi? Et bien parce que, tout simplement, il constate beaucoup d’irrégularités, beaucoup de mensonges, beaucoup d’injustices…Beaucoup trop pour mener la conscience à l’illusion. Tout comme vous, j’ai un fort besoin de croire au monde dans lequel je partage ma causalité. Je ne crois pas à beaucoup de choses mais je suis traîné à les vivre dans l’acceptation. Cependant, je me suis mis à creuser en dehors de la logique conventionnelle pour chercher s’il y’a moyen de percevoir un itinéraire qui m’aura permis à vivre ma neutralité légitime ; celle qui me permettrait de dire oui quand il faut et de dire non quand il faut. Un itinéraire qui me permettrait d’être sincère avec moi et avec les autres. Je parle de cette sincérité existentielle qui se manifesterait comme un éveil, comme une désillusion. Seulement quand j’y suis parvenu et que j’étais tout à fait autour de cette réalité conventionnelle à pouvoir, moi aussi, l’influencer, une résistance intérieure très corrompue, traduite par une lâcheté presque rudimentaire m’édicta de rentrer au rang et de me taire. Pourquoi ? Et bien parce que cette logique conventionnelle ou cette réalité conventionnelle s’avère l’œuvre d’une manipulation très confuse et très dangereuse. Dangereuse au point où je ne serai jamais crédible quand je dirai oui et jamais écouté quand je dirai non. Surtout quand j’étais tenté par la critique des manipulations que les polémologues appellent « les propagations décisives ». Je ne suis pas polémologue et je n’aime pas les sciences politiques mais je peux dire que je suis dans un état de désabusement avancé qui me donne le courage nécessaire, non pour dire des vrais « oui » et des vrais « non » mais seulement et avec la voix la plus basse possible pour parles des exclus comme « Daech » comme étant des êtres humains, qui, non seulement ils ont des convictions mais ils ont aussi des sentiments. Les Daechs vivent et meurent comme nous. Ils rient et ils pleurent comme nous. Ils rêvent d’un monde meilleur parce qu’ils étaient écrasés par l’injustice comme beaucoup parmi nous.
Et maintenant n’attendez plus à ce que j’utilise la conjonction « mais », j’utiliserai néanmoins la locution conjonctive « à cause ». Et je dirai « à cause » de quoi ils ont pris des armes pour affronter un ennemi mille fois plus rusé, mille fois plus organisé, mille fois plus puissant et plus sanguinaire ? C’est tout simplement à cause de l’expropriation des dignités et des richesses, à cause des crimes, des hontes et des avanies des superpuissants et leurs alliés. J’évite toujours de dire « mais » et je continue. C’est ainsi que je m’adresse aux vraies sources du mal à ce qu’ils fassent comme moi et qu’ils prennent le temps d’une méditation. Juste une petite méditation pour comprendre que le monde pourrait vraiment aller mieux s’ils cessaient de croire que la projection dans les stratégies des conflits et des guerres est le seul moyen qui fait aboutir au sentiment de puissance ; et qu’une telle projection n’est qu’une fausse conviction qui ne mènera nulle part sauf peut être à la confusion et à l’illusion.
Voyez-vous, j’ai bien réussi à ne plus dire « mais », mais je suis toujours persuadé qu’une bonne partie de la vérité est encore ailleurs…
Abdellatif Hannama