Mars 2015

La barbarie est humaine

Écrit après une scène de violence vue à la télévision, ce texte interroge la capacité de cruauté que l'homme porte en lui. L'auteur y décrit la malveillance comme une force aveugle et sourde, qui opère au-delà de la conscience.

Illustration de la chronique « La barbarie est humaine »

Quel drôle d’entité qu’il est cet être humain !!!

Un être constructeur et destructeur ? Celle-là, on lui a déjà trouvé une explication puisque la nature, avait-on dit, n’accepte pas l’excès. Seulement que, tuer cruellement et dans un esprit de fête demande sérieusement à reposer la question sur le but de la causalité humaine dans une terre déjà terrassée et appauvrie par l’homo-sapiens ; et le côté « drôlesque », dans cette nature humaine, réside encore et encore…

Comme je ne suis pas de ceux qui aiment les rituels sanguins, j’ai toujours évité, quand je pouvais, de voir à la télé ces pseudo-prouesses montrant les tortures et le charcutage de mes semblables. Néanmoins, j’ai été appréhendé, à la chaîne d’Al Jazeera par une image de cet Imam chiite qui jubilait en déclamant la revanche sur des sunnites que quelques barbares torturaient, charcutaient, piétinaient, poignardaient, brûlaient vifs… L’image m’a atterri, j’étais atrophié. J’ai eu le sentiment de celui qui a été violé dans son âme. J’étais dans la perte et l’humiliation de celui qui ne pouvait être d’aucun secours. Larmes aux yeux et le cœur lourd, je me suis donc recroquevillé dans ma bibliothèque, espérant trouver auprès de ces livres, qui sentent le cadavre de leurs auteurs, une conviction qui aura apaisé mes souffrances. J’étais vraiment dans une crise qui s’avérait au bout de la dépression. C’était la deuxième fois que cela m’arrive. La première était il y’a quinze ans quand Jamal Adurra, le palestinien, a été tué dans les bras de son père… Cependant, je me suis mis à chercher de par mon socle intellectuel et en complicité avec les débats de ces grands thèmes que quelques livres contiennent…

Je cherchais dans les propos apodictiques de la philo, dans les axiomes de la science exacte, dans les systémiques des sciences humaines, dans les cybernétiques de la science technologique ; je cherchais partout pour trouver une raison cosmique qui aura permis à un être humain d’amputer vivant et à la mort son semblable ou de lui crever les yeux mort ou vivant. Où est donc dans l’univers cette source insalubre qui alimente l’être humain d’autant de mal et d’affreusetés ?

Tout ce que j’ai pu trouver comme réponses à mes questions de recherche se limitait toujours entre la vie et la mort. La mort tout simplement. Mais ce que j’ai vu et constaté dans les massacres des irakiens était que l’être humain voulait pour son semblable quelque chose mille fois pire que la mort. C’est ainsi que des tributs déterrent les tombes de leurs ennemis et en extraient les cadavres pour les « retorturer» et les « retuer » de nouveau ; et encore et encore…

Peut-on parler d’un mal infini que l’être humain porte en lui pour venir à bout, et la longue, à toute entité qui vit sur terre y compris lui-même ?

Est-ce que le mal est conscient ? Non, il ne l’est pas. Le mal est une force sourde et aveugle. Une force réelle qui s’approprie inconsciemment l’intelligence humaine pour tenter d’aiguillonner la conscience vers une dimension qui n’existe nulle part. Une dimension qui n’aurait existé que dans l’imagination de l’homme.

Bref ! J’aime la vie, j’aime la nature, j’aime partager la joie avec mes semblables ; mais croyez-le ou non, j’ai parfois honte d’appartenir à l’espèce humaine….

Abdellatif Hannama

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