Mars 2015

Une seule main n'applaudit pas

Le récit de Yassine, jeune homme généreux mais sans cap, et de Houda, qui lui donne une direction. Une manière de montrer comment l'harmonie sociale naît de la rencontre d'êtres complémentaires réunis par un but commun.

Illustration de la chronique « Une seule main n'applaudit pas »

Je le connais très bien puisqu’il était le fils de l’un de mes meilleurs amis. Beau, communicatif et généreux. Son grand problème est qu’il est trop amoureux de la vie. Et je trouve qu’il a tout à fait raison tant qu’il est jeune et productif.

Il m’a dit un jour : « on peut s’ennuyer de tout sauf de l’argent parce qu’il permet à nos actes d’être crédibles et ayant un sens dans toutes les situations.» Et quand je lui ai dit d’être plus explicite voilà ce qu’il a dit : « j’aime la vie au sens passif et au sens actif. Je l’aime quand elle est une nature pittoresque, soumise à nos profondes perceptions, mais je l’aime surtout parce qu’elle est l’espace de beaucoup d’échanges d’où nos désirs, nos convoitises, nos passions, nos émotions aspirent à une dimension de partage à l’échelle des individus et de la société…On m’a toujours dit que je ne sais pas dépenser mon argent. Et c’est vrai parce que je travaille depuis plus de dix ans alors que mon compte bancaire est toujours remis au dernier salaire mensuel. Seulement, voilà : j’aime ma société et je la trouve généreuse quand elle m’offre de beaux restaurants, de belles plages, des gens courtois avec qui ma petite personne retrouve ses vraies dimensions. Ainsi, j’étais toujours égal à moi même quand je dépensais tout ce que je gagnais. Contrairement à d’autres, j’ai toujours trouvé que ce que je gagnais correspondait juste à ce que je dépensais. C’est ainsi que des années se sont écoulées sans que je ne m’en rende compte. Les filles m’aimaient ainsi. Les amis m’aimaient ainsi. La société marchande m’aimait ainsi…Et puis, je me reconnais le mieux dans mon altruisme quand je suis généreux et répondant aux appels de consommation de ma société. »

Dans les paroles de Yassine rien ne semble extraordinaire pour qu’il soit l’œuvre d’un sujet à débattre ; et pourtant, d’un certain angle de vue, il s’agit d’un jeune homme de plus de trente cinq ans, perdu et sans aucun but précis. Célibataire comme il était, il prenait la vie, toute la vie comme une passion et non comme une responsabilité d’où la réjouissance est conséquence directe du devoir…Un devoir déjà édictée et préconçu par le pronom social. Je veux dire par pronom social cette entité tierce, qui agit sur la continuité des hommes, en dehors des volontés individuelles.

J’ai beaucoup d’amour pour Yassine comme j’ai beaucoup de soucis envers ses convictions sur la vie…Et pourtant, tout ce qu’il a dit était des opinions de droit. Yassine aspirait à cette part de liberté qu’une juste société pourrait offrir de façon à ce que les différentes étapes de la vie soient vécues dans un rapport harmonieux. Un rapport entre ce que peut produire la société comme opportunités et les dépenses d’énergie qu’un individu productif et prometteur puisse générer à tout âge.

Néanmoins, comme je viens de le souligner en haut, le pronom social a eu l’étonnante capacité, à travers des néologismes comme : destin, chance, occasion et autres, de trouver la solution adéquate au problème de Yassine que voici : « une fois, quand Yassine était beau et généreux sans affectation, quand il était galant et attentionné sans être calculateur, il a attiré l'attention de la resplendissante Houda. Contrairement à Yassine, Houda était une bonne gestionnaire sans être avare. Elle était également élégante et sensuelle sans manquer de pudeur. Elle voyait la démarche de Yassine comme une caravane de bonheur tellement en errance, et peut être même au risque et au péril, qu’elle s’est engagée, corps et âme pour que la dite caravane soit orientée vers le bon sens.

Houda a aimé Yassine tel qu’il est. Un homme beau et généreux, productif et altruiste mais sans projet ni but précis. Elle était en mesure de se dire que c’était à elle de s’occuper du projet et du but dans un esprit de consentement et de satisfaction. Et elle avait bel et bien réussi parce qu’elle était l’âme sœur qui possédait tout ce qui manquait à Yassine. Une âme sœur pondérée et source d’amour et de raison de vivre…

Voyez-vous ! Malgré la complexité des actes et des causalités, il y a toujours des solutions aux problèmes sociaux…Il suffit simplement de tenter de comprendre les règles du pronom social…»

Abdellatif Hannama

Autres chroniques
← Libres de naissance La lettre du blogueur →

Toutes les chroniques